Les ennemis de la fertilité

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Les ennemis de la fertilité

Message par Admin le Mar 5 Jan 2010 - 10:49

Les nouveaux ennemis de la fertilité


Les troubles de la fertilité sont de plus en plus courants… Et certains spécialistes pensent avoir trouvé les coupables : les perturbateurs endocriniens. Certaines substances chimiques passeraient dans l’alimentation et dérégleraient nos équilibres hormonaux. Plastiques, pesticides… Quels sont ces produits ? Où se cachent-ils ? Comment les éviter ? Tour d’horizon


Des nombreuses substances de l’environnement peuvent avoir des effets sur notre équilibre hormonal. On les appelle les "perturbateurs endocriniens". Principale cible : les hormones stéroïdiennes, qui interviennent dans la croissance et les fonctions sexuelles… Conséquences : des troubles de la fertilité et des malformations sexuelles notamment. Des observations sur des grenouilles qui se féminisaient, des crocodiles stériles et autres victimes de pollutions accidentelles ont amené les scientifiques à se poser des question sur l’impact chez l’être humain. Car l’effet de ces polluants peut se produire à des concentrations très faibles.

Par exemple, le tributylétain (composé anti-salissures utilisé dans la peinture des coques de bateaux) : celui-ci a provoqué la stérilité des bulots en mer du nord à des concentrations équivalentes à une goutte d’eau dans une piscine olympique.


Et chez l’homme?


Mais peu d’études ont démontré ces effets chez l’homme des perturbateurs endocriniens. Le seul cas réellement certain est le fameux distilbène, qui, il faut le rappeler, a des effets sur plusieurs générations. Des problèmes d’infertilité chez des ouvriers agricoles manipulant divers pesticides ont également été observés. Et de manière générale, des phénomènes tels que la baisse du nombre de spermatozoïdes chez l’homme ou la hausse des problèmes d’infertilité laisse penser à un facteur environnemental… Et notamment les perturbateurs endocriniens. Car ceux-ci se cachent dans de nombreux endroits : aliments d’origine animale ou végétale, emballages alimentaires, produits de combustion…

Alors quels sont les principaux produits en cause ? La Communauté Européenne a retenu en 2005 une liste de plus de 66 perturbateurs endocriniens. Celle-ci englobe un grand nombre de composés. Parmi les perturbateurs les plus connus, on distingue plusieurs catégories.



Le plastique pas fantastique!


Les plastiques sont sur la sellette aujourd’hui. De nombreux composés sont suspectés d’être de forts perturbateurs endocriniens. On notera par exemple:

4-n-nonylphénol: Des composés comme le 4-n-nonylphénol interviennent dans la fabrication de nombreux plastiques (agent "antivieillissement") et dans les détergents. On peut le retrouver également dans des pesticides (comme surfactant). Or on sait qu’il a un effet oestrogénique chez les mammifères.

Le bisphénol A: Le bisphénol A est dans le "top ten" des produits chimiques fabriqués. Il est utilisé dans les plastiques et les résines. On le trouve notamment dans les revêtements intérieurs de boîtes de conserve, certains biberons, les CD et DVD et même certaines résines utilisées par les dentistes. Objet de controverses, il a montré chez le rat et la souris un effet délétère sur la qualité du sperme et une augmentation du risque de fausses couches.

Les phtalates: On entend de plus en plus parler des phtalates. Ces composés sont utilisés dans le PVC (polychlorure de vinyle), les jouets, les peintures, les adhésifs, les colles, les encres, certains médicaments et cosmétiques… Or ces composés auraient une toxicité pour les embryons, notamment ceux de sexe masculin (provoquant des anomalies génitales).

Les PCB: Les PCB (polychlororbyphényles) sont des produits utilisés dans les plastiques ou dans les transformateurs (pyralène) et qui ont un impact sur les systèmes immunitaires et génitaux.

Les composés comme les phtalates, le nonylphénol ou le bisphénol A sont très souvent présents dans les emballages plastiques alimentaires. Or ils passent dans les aliments : selon une étude américaine, le bisphénol A par exemple est retrouvé dans les urines de 95 % de la population!

Gare aux pesticides


On connaît de longue date les effets délétères des pesticides. Nombre d’entre-eux sont aujourd’hui étiquetés comme "perturbateurs endocriniens". Certains sont bien sûr interdits, à l’image du DDT. L’exemple du dibromochloropropane est célèbre. Ce produit destiné à tuer les vers a été utilisé dans de nombreuses bananeraies, provoquant une explosion des cas de stérilité. Il a été très vite interdit dans les pays du Nord, mais a continué d’être utilisé en Afrique ou en Amérique du Sud… Aujourd’hui, d’autres substances sont montrées du doigt. C’est le cas du chlordécone, suspecté depuis 1996 de provoquer une baisse du nombre de spermatozoïdes et de diminuer leur mobilité. Le vinchlozoline (destiné à lutter contre les champignons) provoquerait des perturbations des fonctions reproductrices et pourrait entraîner des modifications génétiques chez la descendance (observations chez les rats). Citons également l’Atrazine, un herbicide assez courant, qui est reconnu comme perturbateur endocrinien.


Phytoestrogènes, entre vice et vertu


Mais les perturbateurs endocriniens ne sont pas uniquement fabriqués par l’homme. Il en existe des "naturels". C’est le cas des phytoestrogènes. Les principales sources dans l’alimentation sont les produits à base de dérivés de soja. Il faut noter que les études portant sur ces substances concernent surtout leurs bénéfices santé, d’ailleurs controversés, contre les cancers ou les maladies cardiovasculaires. Mais certains scientifiques se sont inquiétés de l’éventuelle toxicité à haute dose des phytoestrogènes, notamment chez les bébés et les jeunes enfants. Si la question reste l’objet de débats, l’Agence française de Sécurité des Aliments (Afssa) a tout de même rendu un rapport recommandant de ne pas donner de "lait" de soja avant trois ans et de réduire les teneurs des phytoestrogènes dans les produits à base de ce végétal.

Pop Pop Pop


On regroupe certains perturbateurs endocriniens sous le terme de polluants organiques persistants (POP). C’est une classe hétérogène car elle regroupe des éléments de différentes origines : les produits industriels comme le PCB, des pesticides organochlorés (DDT) ou les dioxines. Leur point commun est de persister très longtemps dans l’environnement, et de perturber fortement les fonctions hormonales oestrogéniques et thyroïdiennes notamment. A noter : les "retardateurs de flammes" utilisés dans les tissus, fauteuils, téléviseurs… contre les incendies sont actuellement soupçonnés d’être des POP.

Identifier les futures menaces…


Peut-on aujourd’hui contrôler les substances produites, afin d’éviter les risques ? Difficile aujourd’hui de connaître la toxicité des 70 000 substances produites et vendues par l’industrie chimique ! Si les pesticides sont bien encadrés (les études de toxicité sont obligatoires pour la mise sur le marché), que dire des autres composés ? Peut-on essayer de reconnaître parmi eux les plus à risque d’être des perturbateurs endocriniens?

Le problème est que leur structure chimique n’a parfois rien à voir avec l’hormone "imitée" ! Faire un tri par "similitude chimique" ne garanti pas l’innocuité. Autre problème, basé sur l’exemple du DDT : parfois ce n’est pas le composé qui est nocif, mais les produits issus de sa dégradation dans l’organisme… Difficile donc de "dépister" les molécules à risque juste en regardant leur formule de base. Enfin, il faut évaluer les interactions : deux substances inoffensives qui se retrouvent en contact peuvent former un composé délétère. Et difficile de définir toutes les interactions possibles, entre substances chimiques ou avec les produits naturels ! Alors comment faire ? Un élément de réponse est donné par l’union Européenne avecla mise en place de la directive REACH (Registration, Evaluation and Autorisation of Chemicals). Cette la nouvelle législation en matière de produits chimiques impose aux industriels une évaluation toxicologique de tout produit chimique mis sur le marché. Elle devrait être définitivement adoptée en 2006. Affaire à suivre…


Alain Sousa


Article repris sur -[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] sous autorisation du webmestre
Source : La contamination des aliments par les perturbateurs endocriniens, quels risques pour l’homme ? Présentation de Jean-Pierre Cravedi (Inra de Toulouse, UMR 1089), organisée par l’Institut français pour la nutrition, octobre 2005.
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